
0,087 point de pourcentage. C’est l’écart entre le rendement de la nouvelle obligation de la Banque africaine de développement (BAD) et celui d’un titre du Trésor américain comparable. Pour une institution africaine, c’est un niveau de confiance rare sur les marchés internationaux.
Selon le communiqué de la BAD du 23 octobre 2026, l’institution a placé le 21 octobre une obligation de référence de 2,5 milliards de dollars, à échéance 18 janvier 2030, assortie d’un coupon de 4,875 %. Le rendement à l’émission ressort à 4,933 %, soit 28 points de base au-dessus du taux de swap SOFR, deux points sous l’indication initiale, et 8,7 points de base seulement au-dessus du bon du Trésor américain de référence.
La demande a atteint 4,8 milliards de dollars, près de deux fois le montant levé. Les banques ont pris 48 % de l’allocation, les banques centrales et institutions officielles 39 %, les gestionnaires d’actifs 13 %. Les investisseurs d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique représentent 54 %, ceux des Amériques 40 % et d’Asie 6 %. Il s’agit de la troisième émission de référence en dollars de la BAD en 2026, après 1 milliard à 10 ans en janvier et 2 milliards à 5 ans en février. Le règlement est prévu le 2 novembre.
Ce coût de financement repose sur une notation AAA, confirmée avec perspective stable par Moody’s, S&P, Fitch et l’agence japonaise JCR, et sur le capital apporté par les États actionnaires, dont le Burkina Faso.
Le contraste avec le marché régional est net. À Ouagadougou, le Trésor public propose jusqu’au 30 octobre un emprunt obligataire par appel public à l’épargne de 100 milliards FCFA, rémunéré de 6,60 % sur 5 ans à 7 % sur 10 ans, selon l’avis de souscription. La comparaison appelle de la prudence : les monnaies diffèrent (dollar d’un côté, FCFA arrimé à l’euro de l’autre) et les profils de risque aussi.
Pour les banques et les entreprises de l’UEMOA, l’enjeu est concret. Les ressources que la BAD lève à ce prix alimentent ses prêts aux États et au secteur privé, notamment via des lignes de crédit accordées aux banques locales. Mais un financement en devises suppose de gérer le risque de change, ce qui en réduit l’avantage pour des emprunteurs dont les revenus sont en FCFA.
Faut-il que les banques de la zone sollicitent davantage les lignes adossées aux multilatéraux notés AAA, ou privilégier des ressources longues en FCFA, plus chères mais sans risque de change ?

