
Le bilan grossit, les dépôts progressent, mais le bénéfice recule. C’est le paradoxe que révèle la dernière publication de la BCEAO sur les comptes des banques et établissements financiers de l’UMOA, mise en ligne le 20 octobre 2026 et consacrée à l’exercice 2024.
Selon ce document, les 16 banques et 2 établissements financiers du Burkina Faso ont dégagé un résultat net cumulé de 111,3 milliards FCFA en 2024, contre 136,7 milliards en 2023 et 155,2 milliards en 2022. Soit une baisse de 18,6 % sur un an et de 28,3 % en deux ans.
Dans le même temps, le total de bilan du système est passé de 9 246,8 à 9 654,6 milliards FCFA (+4,4 %). Les dépôts de la clientèle ont atteint 6 196,0 milliards (+2,9 %), tandis que les crédits à la clientèle ont légèrement reculé, à 4 779,4 milliards (−1,1 %). Le rapport crédits/dépôts glisse ainsi d’environ 80 % à 77 %. Les capitaux propres et ressources assimilées s’établissent à 915,7 milliards (+3,5 %).
Le contraste avec l’Union est net : d’après la même publication, le résultat net de l’ensemble des banques et établissements financiers de l’UMOA a progressé de 3,6 %, à 995,1 milliards FCFA, avec des crédits à la clientèle en hausse de 4,2 %. Le Burkina pèse environ 12,5 % des dépôts de l’Union, mais seulement 11,2 % de ses bénéfices.
Pourquoi ce décrochage ? La publication présente des agrégats comptables sans les commenter : elle ne permet pas, à elle seule, d’isoler la part du coût du risque, des charges ou de la baisse des encours de crédit. Les comptes individuels, détaillés banque par banque dans le même document, devront être analysés pour départager ces facteurs.
Pour les dirigeants, l’enjeu est double. D’un côté, une collecte de ressources solide offre des marges de manœuvre pour financer l’économie. De l’autre, un portefeuille de crédits qui stagne limite les revenus d’intérêts et interroge sur l’appétit pour le risque dans un environnement exigeant. Pour les entreprises, c’est la question de l’accès au financement qui reste posée.
Ces chiffres datent de 2024 : les résultats 2025 publiés depuis par plusieurs établissements confirmeront-ils un rebond de la rentabilité, ou la prudence restera-t-elle la règle ?

