
Un paiement exécuté en quelques secondes représente un progrès pour le client. Pour les établissements financiers de l’UEMOA, il impose aussi une exigence : détecter une fraude avant que l’argent ne devienne difficile à récupérer. Avec l’interconnexion des services financiers, la confiance se joue désormais à l’échelle régionale.
Au Burkina Faso, la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité a annoncé, le 23 octobre 2026, plus de 9 milliards de FCFA de préjudices financiers recensés entre 2020 et 2025. Ce bilan couvre différentes infractions numériques, notamment des escroqueries liées au mobile money, aux services bancaires mobiles et aux investissements en ligne. Il ne permet pas de chiffrer les pertes de l’ensemble de l’UEMOA.
L’ampleur des usages donne toutefois la mesure de l’enjeu régional. Selon la BCEAO, l’Union comptait 248 millions de comptes de monnaie électronique en 2024, en hausse de près de 19 % sur un an. Ces comptes ne correspondent pas à autant de personnes distinctes, mais témoignent de la place croissante de ces services dans les échanges économiques.
Les escrocs cherchent aussi à détourner la crédibilité des institutions. En septembre 2026, la BCEAO a dénoncé une vidéo fabriquée avec l’intelligence artificielle, utilisant l’image de son gouverneur pour promouvoir une prétendue plateforme d’investissement destinée aux populations ivoiriennes. Cet exemple illustre une menace concrète : une apparence officielle peut servir à convaincre un épargnant de transférer lui-même son argent.
Cette vigilance devient particulièrement importante à l’approche du 2 novembre 2026. Les plafonds de monnaie électronique passeront à 4 millions de FCFA pour les avoirs détenus auprès d’un même émetteur et à 15 millions pour les rechargements mensuels cumulés. Les transactions interopérables de monnaie électronique devront également transiter par PI-SPI, conformément aux dispositions annoncées par la BCEAO.
L’analyse qui en découle est simple : des services davantage connectés exigent une réponse antifraude coordonnée. Imaginons un client trompé par un faux conseiller, puis des fonds transférés vers un autre établissement. La rapidité du signalement, du traitement de l’alerte et de la coopération entre opérateurs devient déterminante.
Pour les banques, les fintech et les institutions de microfinance, trois priorités devraient guider l’action : renforcer l’authentification, détecter les opérations inhabituelles en temps réel et organiser une assistance capable de réagir rapidement. La sensibilisation doit aussi expliquer, en langues accessibles, comment vérifier un interlocuteur et signaler une tentative d’escroquerie.
Les directions générales et les conseils d’administration gagneraient à suivre des indicateurs concrets : pertes rapportées aux volumes traités, délais de réaction, montants récupérés et traitement des réclamations. À l’échelle de l’Union, des statistiques comparables et un partage encadré des alertes aideraient à mieux cibler la prévention.
La prochaine bataille commerciale pourrait ainsi se jouer sur une promesse vérifiable : protéger l’argent du client aussi efficacement qu’on le fait circuler.

