
Collecter davantage ne signifie pas prêter au même rythme. À fin 2025, les dépôts et emprunts des établissements de crédit de l’UMOA atteignent 56 200,2 milliards de FCFA, en hausse de 16,0 %. Les crédits à la clientèle, nets de provisions, progressent de 5,5 %, à 38 731,6 milliards. En valeur, le premier agrégat a gagné environ 7 770,7 milliards sur un an, contre 2 031,7 milliards pour les crédits.
Cette différence n’est pas une cagnotte de 5 739 milliards laissée dans un coffre. Les deux chiffres se trouvent de part et d’autre du bilan et ne se rapprochent pas poste pour poste : une banque doit aussi gérer sa liquidité, ses opérations interbancaires, ses immobilisations et ses placements.
Le rapport 2025 de la Commission bancaire donne néanmoins une indication forte. Le portefeuille de titres a augmenté de 15,1 %, soit 3 388 milliards, pour atteindre 25 796 milliards. Il représente désormais 36,8 % des emplois bancaires, contre 55,2 % pour les crédits à la clientèle. L’encours de titres a donc crû près de trois fois plus vite que celui des prêts.
La dynamique est aussi très inégale. Sur la place bancaire du Burkina Faso, les crédits ont reculé de 184 milliards, soit 4,0 %, alors qu’ils ont progressé de 11,9 % en Côte d’Ivoire. Et dans l’Union, les crédits à long terme — au-delà de dix ans — ne pèsent que 4,8 % de l’encours et n’ont augmenté que de 0,8 % en 2025.
Le rapport décrit ces mouvements ; il n’en attribue pas les causes. On peut toutefois identifier les arbitrages classiques : risque de défaut, qualité des dossiers, coût du capital, disponibilité de garanties, liquidité et rendement des titres. Une croissance des placements n’est pas anormale : ils financent leurs émetteurs et servent à gérer le bilan. Mais si l’écart persiste, la question devient celle du financement de l’investissement productif.
Pour les entreprises, davantage de dépôts ne garantit donc pas un crédit plus facile : traçabilité des flux, fonds propres et projet bancable restent décisifs. Pour les pouvoirs publics, mobiliser l’épargne ne suffit pas ; il faut aussi améliorer l’information de crédit, les garanties, la sécurité juridique et la préparation des projets pour que cette ressource finance davantage l’économie réelle.

