
Trois monnaies pourraient bientôt coexister dans l’actuel espace UMOA. Derrière le nom des futurs billets se joue une question plus décisive : la survie des infrastructures de paiement, du marché régional de la dette, de la supervision bancaire et de la confiance des épargnants.
La vraie question n’est plus seulement de savoir quand disparaîtra le franc CFA, mais ce qui survivra à sa disparition. Derrière les billets se trouvent la BCEAO, les réserves de change, le refinancement des banques, la Commission bancaire, le marché des titres publics, la BRVM, la BOAD, le Fonds de garantie des dépôts et les systèmes de paiement STAR-UEMOA, SICA-UEMOA et désormais PI-SPI. Changer le nom d’une monnaie est simple ; réorganiser cet édifice sans rupture de liquidité ni paralysie des paiements constitue le véritable défi.
La réforme annoncée en décembre 2019 prévoyait de rebaptiser le franc CFA en ECO lors de l’intégration des pays de l’UEMOA à la future zone monétaire de la CEDEAO. Elle supprimait la centralisation d’une partie des réserves au Trésor français et la présence de représentants français dans les organes de décision, tout en maintenant, dans un premier temps, la parité fixe avec l’euro et la garantie de convertibilité française.
Le projet d’ECO porté par la CEDEAO repose sur une autre logique : régime de change flexible, ciblage de l’inflation et création, à terme, d’une Banque centrale ouest-africaine fédérale. Cette divergence devra être résolue avant tout lancement.
La CEDEAO maintient 2027 comme année cible. En mars 2025, le président de sa Commission, Omar Alieu Touray, a indiqué que tous les États ne seraient pas obligés d’être prêts immédiatement. Le rapport de convergence 2024 de l’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest montre pourtant que seuls le Bénin et le Cap-Vert respectaient les quatre critères primaires, et que le Bénin était le seul pays à satisfaire simultanément les six critères primaires et secondaires.
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont officiellement quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025, mais pas l’Union monétaire ouest-africaine. Ils utilisent toujours le franc CFA et leurs banques sont refinancées par la BCEAO. La Banque confédérale pour l’investissement et le développement, opérationnalisée en décembre 2025, est un outil de financement du développement, pas un institut d’émission.
Une monnaie de l’AES exigerait encore une banque centrale, des réserves de change, une règle de change, un prêteur en dernier ressort, une supervision bancaire, une garantie des dépôts et un système complet de règlement. Aucun calendrier opérationnel complet n’a été rendu public, et les autorités maliennes ont démenti, en janvier 2026, l’existence d’un lancement imminent.
L’article 36 du traité de l’UMOA prévoit qu’un retrait devient effectif 180 jours après notification, mais il exige une convention avec la BCEAO pour organiser le transfert du service de l’émission et régler les positions relatives aux réserves extérieures. Le scénario le plus vraisemblable pour 2027 serait une année de chevauchement : maintien temporaire du franc CFA, lancement institutionnel ou limité de l’ECO, préparation avancée d’une monnaie de l’AES.
PI-SPI est un rail de paiement, pas une monnaie. Son architecture standardisée, fondée sur la norme ISO 20022, peut techniquement être adaptée à une nouvelle unité monétaire. En cas de fragmentation, la plateforme pourrait rester celle de la zone BCEAO, être ouverte par convention aux pays de l’AES, ou être reliée à une plateforme de l’AES par une passerelle de change et de règlement. Au 31 juillet 2026, la liste des participants autorisés couvrait encore les huit pays de l’UMOA.
Les États de l’UMOA lèvent des ressources sur un marché régional en francs CFA. Les banques de plusieurs pays détiennent les mêmes obligations souveraines, ainsi que des créances interbancaires, des dépôts et des engagements auprès de la BCEAO. La technologie peut survivre à une frontière monétaire ; la souveraineté monétaire, elle, exige de nouvelles règles.

