
En visite d’État de trois jours en France, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a réservé son principal entretien à l’émission panafricaine Face à l’Afrique de la chaîne Africa24, diffusé le 23 juillet. Interrogé sur la dégradation de la notation du Gabon, le chef de l’État conteste le remboursement de financements adossés à des projets qu’il juge non livrés. Il cite la route Ndendé-Doussala, financée par la Banque africaine de développement, et le Programme intégré pour l’alimentation en eau potable et l’assainissement de Libreville (PIAEPAL), dont il avait déjà dénoncé l’échec lors de son discours sur l’état de la Nation, le 15 juin. Il affirme avoir demandé au Trésor public de suspendre les échéances correspondantes. Cette sortie intervient alors que Libreville n’a pas encore signé de programme avec le FMI : le président a lui-même exigé un audit préalable de la dette gabonaise, repoussant la signature de quelques mois. BFM publie l’intégralité de ses propos sur la dette.
Nous ne paierons pas pour rien. Nous payons pour ce qui a été réalisé.
Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la République gabonaise
« Parlons de la dette. J’ai toujours été franc sur ce sujet. Souvenez-vous de ce que disait Thomas Sankara, à l’époque, [au sommet de l’OUA, à Addis-Abeba, en juillet 1987] : pourquoi paierais-je une dette que je n’ai pas contractée, une dette qui m’a peut-être été imposée, et dont je ne vois pas les réalisations ?
Vous le dites si bien : la situation se dégrade sur le plan des notations. Mais le peuple vit-il des notations ? Le peuple mange-t-il des notations ? C’est la question qu’il faut se poser.
Pourquoi en sommes-nous là aujourd’hui ? Parce que nous avons constaté que certains projets menés avec ces opérateurs n’ont pas abouti et n’ont pas produit l’effet escompté par le peuple. Je peux vous citer des exemples. Prenez la route Ndendé-Doussala : 32 kilomètres, financés par ces mêmes banques qui dégradent nos notes, et dont nous payons chaque échéance. Or la route n’est pas réalisée. Dois-je continuer à payer ?
Il y a aussi le projet de l’eau. Regardez : au Gabon, les gens se plaignent du manque d’eau. Oui, je suis attaqué chaque jour parce que l’eau n’arrive pas dans les ménages. Il n’y a pas d’eau au robinet. Savez-vous combien nous avons dépensé pour ce projet ? Nous avons payé 150 milliards de francs CFA pour le PIAEPAL, avec ces mêmes banques. Je me suis même rendu à l’inauguration du chantier. On m’a fait croire que l’eau allait revenir dans les robinets. Je suis scientifique ; on m’a parlé de théories scientifiques, de la poussée d’Archimède. Mais venez à Libreville : il n’y a pas d’eau. Et ils sont partis. Pourquoi devrais-je continuer à payer un projet qui ne donne pas d’eau ?
L’État gabonais s’est de nouveau engagé sur ce même projet avec Suez, à hauteur de 120 milliards de francs CFA. Nous payons donc deux fois la même chose. J’ai demandé au Trésor public de suspendre le paiement de ces échéances tant que nous ne verrons pas d’eau au robinet. Il faut qu’ils viennent négocier. Nous ne paierons pas pour rien. Nous payons pour ce qui a été réalisé. »

