
Les données bancaires chiffrées aujourd’hui pourraient être lues demain. Pour les banques de l’UEMOA, la migration vers la cryptographie post-quantique est un chantier de plusieurs années, qui doit commencer maintenant.
La sécurité numérique repose sur un principe simple : certains calculs, comme la factorisation de très grands nombres sur laquelle repose le chiffrement RSA, prendraient des millions d’années à un ordinateur classique. Un ordinateur quantique ne joue pas selon ces règles. La Banque des règlements internationaux (BRI) a documenté le risque : un attaquant équipé d’une machine suffisamment puissante pourrait compromettre l’authentification, intercepter des paiements ou accéder à des canaux que les banques croient sécurisés.
Les banques de l’UEMOA utilisent les mêmes fondations que leurs homologues européennes ou américaines : TLS pour les connexions, RSA et ECC pour l’authentification, SWIFT pour les virements internationaux.
Des cybercriminels volent dès aujourd’hui des données chiffrées pour les déchiffrer plus tard : c’est la stratégie « récolter maintenant, déchiffrer plus tard ». Historiques de comptes, dossiers de crédit, polices d’assurance et journaux de transactions conservent leur valeur pendant des décennies.
Les experts interrogés par la BRI estiment qu’un ordinateur quantique capable de briser les algorithmes actuels pourrait émerger dans un délai de cinq à trente ans. Or la migration ne se fait pas en six mois : il faut auditer les systèmes, cartographier les dépendances, tester de nouveaux algorithmes, mettre à jour les infrastructures, renégocier avec les fournisseurs, former les équipes et adapter la supervision.
En août 2024, le NIST américain a finalisé les premiers algorithmes cryptographiques résistants aux ordinateurs quantiques, et le G7 a identifié l’informatique quantique comme un risque majeur. En 2025, l’Afrique n’a attiré que 10,7 millions de dollars d’investissement en technologie quantique, contre 245 milliards de dollars dans le monde.
Au-delà des banques prises individuellement, les systèmes de paiement régionaux sont concernés : STAR-UEMOA, compensation, flux interbancaires, mécanismes d’authentification et de règlement. La question est désormais de savoir si la BCEAO doit enclencher dès maintenant un chantier de transition post-quantique pour l’ensemble des banques et infrastructures critiques de l’Union.

