
Trente-neuf ans après son assassinat, le 15 octobre 1987, Thomas Sankara laisse une question brûlante : qui décide du développement d’un pays lorsque d’autres en financent le budget ?
Entre 1983 et 1987, sa révolution entend refonder les finances burkinabè : réduire le train de vie de l’État, combattre les détournements et mobiliser les ressources nationales. L’Effort populaire d’investissement prélève une part des salaires pour financer des équipements collectifs : écoles, dispensaires, routes et barrages. Une politique exigeante, qui impose aussi des sacrifices aux travailleurs.
Le capitaine refusait la tutelle de Bretton Woods. Les économistes Kimseyinga Savadogo et Claude Wetta (Palgrave Macmillan, 1992) décrivent un ajustement auto-imposé, sans aucun programme complet du FMI ou de la Banque mondiale. Selon une question écrite du sénateur français Olivier Roux (novembre 1987), ce refus de l’ingérence du FMI avait bloqué un prêt d’ajustement structurel de 24 milliards de FCFA. Le premier programme avec le FMI ne sera signé que le 13 mars 1991.
Son ambition dépasse l’austérité. Il veut produire et transformer localement pour soutenir les revenus des producteurs burkinabè et réduire la dépendance extérieure.
À l’ONU, le 4 octobre 1984, il précise :
Nous encourageons l’aide qui nous aide à nous passer de l’aide.
Thomas Sankara, Assemblée générale des Nations unies, 4 octobre 1984
La coopération doit construire l’autonomie.
À Addis-Abeba, le 29 juillet 1987, il interpelle les dirigeants africains :
Si nous payons, c’est nous qui allons mourir.
Thomas Sankara, Addis-Abeba, 29 juillet 1987
Il réclame un front commun pour refuser le remboursement de la dette et consacrer ces ressources au développement.
Sa démarche invite à juger les financements sur leur capacité à servir les populations et à renforcer la souveraineté. Pour lui, la liberté d’un peuple se mesure aussi à sa capacité de financer ses propres choix.
Près de quatre décennies plus tard, sa question, financer le développement par ses propres moyens, reste entière.

