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UMOA : le classement 2025 des créances en souffrance et ses leçons pour le crédit
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UMOA : le classement 2025 des créances en souffrance et ses leçons pour le crédit

Le taux brut de dégradation du portefeuille des établissements de crédit de l’UMOA est revenu à 9,1 % à fin 2025, contre 9,3 % en 2024, selon le Rapport annuel 2025 de la Commission Bancaire de l’UMOA, publié en août 2026. Derrière cette moyenne, les écarts se creusent : six places bancaires sur huit la dépassent, et deux d’entre elles, le Togo et le Burkina Faso, se dégradent alors que les autres s’assainissent.

Par la Rédaction BFM2 nov. 20263 min de lecture
9,1 %taux brut de dégradation de l’UMOA à fin 2025 (9,3 % en 2024)
4,0 %taux net de dégradation
58,9 %taux de provisionnement des créances en souffrance
6 sur 8places bancaires au-dessus de la moyenne de l’Union

Six places sur huit au-dessus de la moyenne de l’Union

Le taux net s’établit à 4,0 % et le provisionnement des créances en souffrance à 58,9 % (58,4 % un an plus tôt).

Le Niger (24,2 %) et la Guinée-Bissau (20,1 %) demeurent les places les plus dégradées malgré des reculs de 4,4 et 3,1 points. Le Togo enregistre la plus forte détérioration (+4,5 points, à 12,4 %) et devient la seule place déficitaire de l’Union, avec un résultat net de −20,5 milliards FCFA. À l’autre extrémité, la Côte d’Ivoire (6,1 %), qui porte 38,5 % des crédits de l’Union, et le Bénin (4,1 %) tirent la moyenne vers le bas.

Infographie BFM : taux brut de dégradation du portefeuille des établissements de crédit par pays à fin 2025, variation sur un an et crédits à la clientèle. 1 Niger 24,2 % (−4,4 points), crédits 1 186,1 milliards de FCFA (−5,4 %) ; 2 Guinée-Bissau 20,1 % (−3,1), 213,9 milliards (+23,1 %) ; 3 Togo 12,4 % (+4,5), 2 412,9 milliards (+2,4 %) ; 4 Mali 12,3 % (−1,6), 3 874,9 milliards (+0,9 %) ; 5 Burkina Faso 11,5 % (+2,1), 4 476,2 milliards (−4,0 %) ; 6 Sénégal 10,1 % (−0,3), 7 972,3 milliards (+3,6 %) ; 7 Côte d’Ivoire 6,1 % (−0,4), 14 904,6 milliards (+11,9 %) ; 8 Bénin 4,1 % (−0,2), 3 690,7 milliards (+8,3 %) ; UMOA 9,1 % (−0,2), 38 731,6 milliards (+5,5 %).
Taux brut de dégradation du portefeuille par pays à fin 2025, variation sur un an et encours des crédits à la clientèle. Source : Commission Bancaire de l’UMOA, Rapport annuel 2025 (tableau n° 6, p. 37 ; graphique n° 24, p. 56), données provisoires au 31 décembre 2025. Infographie BFM.

La dégradation du portefeuille explique-t-elle la baisse du crédit ?

En partie seulement. Deux places voient leurs crédits à la clientèle reculer en 2025, le Niger (−5,4 %) et le Burkina Faso (−4,0 %), et toutes deux figurent parmi les plus dégradées. La corrélation existe, mais trois constats interdisent d’en faire la cause principale.

Au Niger, la baisse du taux (−4,4 points) s’accompagne d’un recul du crédit (−5,4 %). Elle traduit d’abord un nettoyage des bilans et une demande affaiblie après les sanctions de 2023-2024, non un redémarrage du crédit sain.

Au Burkina Faso, le lien est pour partie mécanique : lorsque le dénominateur se contracte de 4,0 %, le ratio se gonfle à encours douteux inchangé. La dégradation est autant la conséquence que la cause du repli du crédit, dans un environnement qui pèse sur l’activité formelle.

Surtout, les contre-exemples sont nombreux. La Guinée-Bissau (20,1 %) affiche la plus forte progression du crédit de l’Union (+23,1 %) ; le Togo prête davantage (+2,4 %) malgré sa dégradation ; le Mali (12,3 %) reste stable (+0,9 %). Le premier frein au crédit est ailleurs : les « autres emplois » des banques, qui logent notamment les titres publics, progressent de 17,1 %, trois fois plus vite que les crédits (+5,5 %), alors que les dépôts et emprunts bondissent de 16,0 %. La liquidité est disponible ; elle s’investit en titres souverains plutôt qu’en crédits à l’économie. Un portefeuille dégradé renforce cet arbitrage rendement-risque, au Burkina comme au Niger, sans l’expliquer à lui seul.

Recommandations : financer l’économie sans alourdir le coût du risque

Le rapport 2025 le montre : la qualité du portefeuille n’interdit pas de prêter, mais elle fixe le prix du risque. Minimiser les créances en souffrance passe moins par le rationnement du crédit que par quatre leviers.

  1. Reconstituer les provisions là où elles ont reculé. Le taux de provisionnement des créances en souffrance atteint 58,9 % pour l’Union. Un portefeuille bien couvert permet de prêter sans entamer la solvabilité, déjà sous la norme de 11,5 % au Niger (7,9 %) et en Guinée-Bissau (2,9 %).
  2. Traiter la racine publique des impayés. Au Togo, les créances restructurées sont passées de 17,4 à 143,4 milliards FCFA. L’apurement des arriérés de la commande publique et l’encadrement des restructurations relèvent des États autant que des banques.
  3. Orienter la liquidité vers l’économie réelle. Le dispositif PME/PMI de la BCEAO, les fonds de garantie et le partage de risque permettent de financer des entreprises solvables mais sous-collatéralisées, plutôt que de laisser les dépôts s’investir uniquement en titres publics.
  4. Professionnaliser la gestion du risque de crédit : consultation systématique des bureaux d’information sur le crédit, signaux d’alerte précoce, diversification sectorielle, recouvrement amiable dès le premier impayé et accélération du recouvrement judiciaire pour raccourcir le cycle des créances douteuses, en appui des contrôles à distance du superviseur sur le risque de crédit (huit EBIS en 2025).

Les chiffres 2025 sont provisoires. Le rapport 2025 révise le taux brut de dégradation 2024 de l’Union à 9,3 %, contre 8,5 % dans le rapport 2024.

Sources
  • Commission Bancaire de l’UMOA, Rapport annuel 2025 (publié en août 2026) : tableau n° 6 « Indicateurs caractéristiques des établissements de crédit en activité à fin 2025 » (p. 37), graphique n° 24 « Taux brut de dégradation du portefeuille des établissements de crédit par pays » (p. 56), tableau n° 17 « Ratio moyen de solvabilité » (p. 64) et indicateurs de l’annexe (A.3) ; données provisoires au 31 décembre 2025
  • Commission Bancaire de l’UMOA, Résumé du Rapport annuel 2025 et Résumé du Rapport annuel 2024
  • Direction générale du Trésor (France), Service économique régional d’Abidjan, Brèves économiques Afrique de l’Ouest n° 642 (11 septembre 2026), « Zoom sur le système bancaire de l’UEMOA en 2025 » : statistiques par pays (source BCEAO)

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